| "Il
existe une confusion que nous devons immédiatement dénoncer
; vulgairement, on entend par matérialiste celui qui ne pense quà
jouir des plaisirs matériels.
Jouant sur le mot matérialisme - qui contient le mot matière
- on est ainsi arrivé à lui donner un sens tout à
fait faux."
Ainsi, au sens philosophique du terme, le matérialisme ne répond
donc pas à la deuxième définition du Larousse : "Manière
de vivre, état d'esprit orientés vers la recherche des satisfactions
et des plaisirs matériels."
Comme l'explique Politzer,
"[...] le matérialisme n'est rien d'autre que l'explication
scientifique de l'univers."
En effet, il est l'une des deux réponses possibles au problème
fondamental de la philosophie : d'où vient le monde? Comment s'est-il
formé? Plus précisément : est-ce de la matière
que naît l'esprit ou est-ce de l'esprit que naît la matière
?
" Il nous est en effet difficile d'admettre qu'il a toujours
existé quelque chose. On a tendance à penser qu'à
un certain moment, il n'y avait rien. Voici ce qu'enseigne la religion
: "L'esprit planait au dessus des ténèbres...puis est
venue la matière." De même, on se demande où
sont nos pensées, et ainsi se pose le problème des rapports
qui existent entre l'esprit et la matière, entre le cerveau
et la pensée."
C'est ainsi que les idéalistes croient que l'homme pense
parce qu'il a une âme ;alors que les matérialistes pensent
que l'homme pense car il a un cerveau. |
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Il s'agit en fait de déterminer, dans les rapports entre l'être
(matière) et la pensée (esprit), quel est celui des
deux qui est le plus important, qui domine l'autre, qui fut le premier
?
A cette question il existe deux réponses :
- une réponse scientifique : le matérialisme
- une réponse non scientifique : l'idéalisme (philosophique,
à différencier de l'idéalisme moral, qui est l'attiture
consistant à se dévouer à une cause, à un
idéal) ou pour simplifier, la religion.
"A cette question, l'idéaliste répond :
1) l'esprit crée la matière : c'est ce qui se reflète
dans les différentes religions, où l'on affirme que l'Esprit
a créé le monde. Cette affirmation peut avoir deux sens
:
Ou bien, Dieu a créé le monde, et celui-ci existe
réellement, en dehors de nous.C'est l'idéalisme ordinaire
des théologiens.
Ou bien, Dieu a créé l'illusion du monde en nous
donnant des idées qui ne correspondent à rien. C'est l'idéalisme
"immatérialiste" de Berkeley, qui veut nous prouver que
l'esprit est la seule réalité, la matière étant
fabriquée par notre esprit. C'est pourquoi les idéalistes
affirment que :
2) Le monde n'existe pas en dehors de notre pensée
3) Ce sont nos
idées qui créent les choses : autrement dit, les choses
sont le reflet de notre pensée. En effet, puisque c'est l'esprit
qui crée l'illusion de la matière, puisque les sensations
que nous éprouvons devant les choses ne proviennent pas des choses
elles-mêmes , mais seulement de notre pensée.
Mais comme notre esprit est selon eux, incapable de créer par lui
seul des idées, et que d'ailleurs, il ne fait pas ce qu'il en veut
(comme cela arriverait s'il les créait lui même), il faut
admettre que c'est un autre esprit plus puissant qui en est le créateur.
C'est donc Dieu qui crée notre esprit et qui nous impose toutes
les idées du monde que nous y rencontrons. |
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A cette question, le matérialisme répond :
1) que c'est la matière qui produit l'esprit et que, scientifiquement,
on n'a jamais vu d'esprit sans matière ;
2) que la matière existe en dehors de tout esprit et qu'elle
n'a pas besoin d'esprit pour exister, ayant une existence qui lui
est particulière, et que, par conséquent, contrairement
à ce que disent les idéalistes, ce ne sont pas nos idées
qui créent les choses, mais, au contraire, ce sont les choses qui
nous donnent des idées ;
3) Que nous sommes capables de connaître le monde, que les idées
que nous nous faisons de la matière et du monde sont de plus en
plus justes, puisque, grâce à la Science, nous pouvons
préciser ce que nous connaissons déjà et découvrir
ce que nous ignorons."
D'ailleurs, c'est
cette piste que semble confirmer aujourd'hui la neurobiologie ; lisez
par exemple "l'erreur de Descartes" de Damasio, où il
arrive à la conclusion suivante :
"Quelle a donc été l'erreur de Descartes
? Ou mieux encore, quelle erreur de Descartes ai-je l'intention
de relever, sans ménagement et avec ingratitude ? On pourrait commencer
par lui reprocher d'avoir poussé les biologistes à adopter
- et ceci est encore vrai à notre époque - les mécanismes
d'horlogerie comme modèle explicatif pour les processus biologiques.
Mais peut-être cela ne serait-il pas tout à fait équitable
; aussi vaut-il mieux se tourner vers le "Je pense, donc je suis".
Cette formule, peut-être la plus célèbre de l'histoire
de la philosophie, apparaît en français dans la quatrième
partie du Discours de la Méthode (1637), et en latin ("Cogito,
ergo sum"), dans les Principes de la philosophie (1644). Prise à
la lettre, cette formule illustre précisément le contraire
de ce que je crois être la vérité concernant l'origine
de l'esprit et les rapports entre esprit et corps. Elle suggère
que penser, et la conscience de penser, sont les fondements réels
de l'être. Et puisque nous savons que Descartes estimait que la
pensée était une activité complètement séparée
du corps, sa formule consacre la séparation de l'esprit, la "chose
pensante" (res cogitans), et du corps non pensant, qui est caractérisé
par une "étendue", et des organes mécaniques (res
extensa).
Cependant, bien avant l'aube de l'humanité, des organismes ont
existé. À un certain moment de l'évolution, une conscience
élémentaire est apparue, correspondant à un fonctionnement
mental simple. Lorsque ce dernier est devenu plus complexe, la possibilité
de penser s'est instaurée, et même ultérieurement,
celle d'utiliser un langage pour communiquer et mieux penser. Donc, à
mes yeux, le fait d'exister a précédé celui
de penser. Ceci est vrai pour chacun de nous : tandis que nous
venons au monde et nous développons, nous commençons par
exister, et seulement plus tard, nous pensons. Nous sommes, et
ensuite nous pensons, et nous ne pensons que dans la mesure où
nous sommes, puisque la pensée découle, en fait,
de la structure et du fonctionnement de l'organisme".
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La personne qui veut répondre à la question fondamentale de
la philosophie doit donc choisir entre Dieu et la Science, à
moins d'opter pour l'agnosticisme (que nous verrons plus loin). Comme
l'explique Politzer, les deux premières conceptions de l'origine
du monde (Dieu / la Science) sont complètement inconciliables.
Pour soutenir leur affirmation de Dieu, les idéalistes ne présentent
aucun argument.
Pour défendre le créateur de la matière, ils ont recours
à des mystères, à des choses qui sont établies
et doivent être crues comme telles, sans explication aucune.
Un esprit scientifique ne peut accepter ce genre de raisonnement.
"Dieu, pour les idéalistes, ne peut pas s'expliquer, et il
reste une croyance sans aucune preuve. Lorsque les idéalistes
veulent nous "prouver" la nécessité d'une création
du monde en disant que la matière n'a pas pu toujours exister, qu'il
a bien fallu qu'elle ait une naissance, ils recourent à un Dieu qui,
lui, n'a jamais eu de commencement. En quoi cette explication est-elle
plus claire?
Pour soutenir leurs arguments, les matérialistes, au contraire, se
serviront de la science, que les hommes ont développée au
fur et à mesure qu'ils faisaient reculer "les bornes de leur
ignorance".
Or la science nous permet-elle de penser que l'esprit ait créé
la matière ? Non.
L'idée d'une création par un esprit pur est incompréhensible,
car nous ne connaissons rien de tel dans l'expérience. Pour que
cela fût possible, il aurait fallu, comme le disent les idéalistes,
que l'esprit existât seul avant la matière, tandis que la science
nous démontre que cela n'est pas possible et que jamais il n'y a
d'esprit sans matière. Au contraire, l'esprit est toujours lié
à la matière, et nous constatons plus particulièrement
que l'esprit de l'homme est lié au cerveau, qui est la source de
nos idées et de notre pensée. La science ne nous permet pas
de concevoir que les idées existent dans le vide...
Il faudrait donc que l'esprit Dieu, pour qu'il puisse exister, ait un cerveau.
C'est pourquoi nous pouvons dire que ce n'est pas Dieu qui a créé
la matière, donc l'homme, mais que c'est la matière, sous
la forme du cerveau humain, qui a créé l'esprit-Dieu." |